
Que vous achetiez une voiture, commandiez un ordinateur portable ou vendiez un vélo d’occasion, presque tout le monde conclut des contrats de vente au quotidien. Mais que se passe-t-il si le produit s’avère défectueux, si le vendeur refuse de coopérer ou si vous vous plaignez trop tard ? Les règles du Code civil néerlandais sont souvent moins évidentes qu’elles n’y paraissent.
Dans cet article, j’explique en langage accessible ce que dit la loi sur la vente, la vente aux consommateurs, la non-conformité et l’obligation de plainte, avec des exemples tirés de la jurisprudence récente.
Qu’est-ce qu’un contrat de vente exactement ?
Un contrat de vente naît dès que l’un promet de donner quelque chose – par exemple un produit – et que l’autre promet de payer une somme d’argent en échange. Cela semble simple, mais de nombreuses règles entrent en jeu.
La loi (article 7:1 du Code civil néerlandais, ci-après BW) stipule qu’il s’agit du « contrat par lequel l’un s’engage à donner une chose et l’autre à payer un prix en argent pour celle-ci ».
Cette « chose » peut être une voiture, une maison, un chien ou même un logiciel standard.
Important : même si vous échangez quelque chose ou achetez via une boutique en ligne, cela relève du droit de la vente.
Qu’est-ce qui différencie la vente aux consommateurs ?
Dans une vente aux consommateurs, un particulier (le consommateur) achète quelque chose à un vendeur professionnel (comme un magasin ou une boutique en ligne).
Comme les consommateurs ont généralement moins de connaissances et de pouvoir que les vendeurs, la loi offre une protection supplémentaire.
Exemples de cette protection :
- Le vendeur doit livrer ce qui a été convenu : le produit doit bien fonctionner et répondre aux attentes.
- Même si le vendeur ignorait l’existence d’un défaut, il reste généralement responsable.
- Si un défaut apparaît dans un délai d’un an après la livraison, il est présumé avoir existé dès le début. C’est au vendeur de prouver le contraire.
Exemple :
Vous achetez un nouveau vélo électrique. Après huit mois, le moteur commence à avoir des ratés. Le vendeur affirme qu’il s’agit d’une « usure normale », mais comme cela s’est produit moins d’un an après l’achat, il doit prouver que ce n’est pas de sa faute.
Non-conformité : lorsque le produit ne correspond pas à l’accord
Le cœur du contrat de vente est que le produit livré doit « être conforme au contrat » (article 7:17 BW). C’est ce qu’on appelle la conformité.
Un produit est non conforme si :
- il ne fonctionne pas comme promis ;
- il ne possède pas les qualités auxquelles l’acheteur pouvait s’attendre ;
- ou s’il n’est pas adapté à un usage normal.
Exemples pratiques :
- Une nouvelle machine à laver qui n’essore pas.
- Une voiture d’occasion dont le kilométrage a été trafiqué.
- Un ordinateur portable qui s’éteint spontanément après deux semaines.
Dans tous ces cas, le vendeur est tenu de résoudre le problème – généralement par la réparation ou le remplacement. Ce n’est que si cela échoue ou prend trop de temps que vous pouvez résoudre (annuler) la vente ou demander le remboursement d’une partie de votre argent.
L’obligation de plainte : signaler à temps est crucial
La loi est stricte : celui qui se plaint trop tard perd ses droits. C’est ce que stipule l’article 7:23 BW.
Mais que signifie « à temps » ?
La Cour Suprême (Hoge Raad) a déterminé que l’acheteur doit se plaindre dans un « délai raisonnable » après la découverte du défaut. Pour les consommateurs, une directive fixe s’applique : deux mois sont toujours considérés comme étant dans les temps.
Exemple :
Vous achetez un smartphone en ligne. Après cinq semaines, vous remarquez que la batterie ne charge plus. Si vous envoyez un courriel au vendeur dans les deux mois suivant ce moment, vous êtes dans les temps. Si vous attendez six mois, le vendeur peut dire que vous êtes trop tard – et tous vos droits s’éteignent alors.
Ce n’est pas seulement ennuyeux, c’est fatal : se plaindre trop tard signifie que vous ne pouvez plus exiger ni réparation, ni remboursement, ni même de dommages-intérêts (HR 17 novembre 2017, MBS/Prowi).
Réparation, remplacement ou remboursement : que pouvez-vous exiger ?
En cas de non-conformité, l’acheteur dispose de plusieurs options :
- Réparation ou remplacement – le vendeur a d’abord la possibilité de résoudre le problème.
- Résolution – si la réparation est impossible ou inutile, vous pouvez annuler la vente.
- Réduction du prix ou dommages-intérêts – si le produit est partiellement utilisable ou si vous avez engagé des frais.
Dans une vente aux consommateurs, cet ordre est impératif : d’abord la réparation ou le remplacement, ensuite seulement la résolution.
Produits numériques et nouvelles règles
De plus en plus de produits contiennent des logiciels : des réfrigérateurs intelligents aux voitures avec applications intégrées. La loi a été adaptée en conséquence.
Les biens comportant des éléments numériques relèvent désormais de la vente aux consommateurs (article 7:5 alinéa 1 BW), mais les services purement numériques – comme Netflix ou le téléchargement d’un livre électronique – ont leurs propres règles.
La jurisprudence, comme l’arrêt européen Dieselgate (CJUE 14 juillet 2022), montre que les problèmes logiciels peuvent également entraîner une non-conformité.
Pourquoi tout cela est important
Le contrat de vente semble simple, mais il est plein d’embûches. Les consommateurs ont plus de droits qu’ils ne le pensent – mais ces droits ne s’appliquent que s’ils agissent correctement et à temps.
Les vendeurs, quant à eux, ont droit à la clarté : ils ne doivent pas être confrontés à d’anciennes plaintes des années plus tard.
L’art consiste donc à maintenir l’équilibre entre protection et sécurité juridique.
En résumé
- Le contrat de vente est plus qu’une poignée de main : c’est un accord juridiquement contraignant.
- Les consommateurs bénéficient d’une protection supplémentaire.
- Un produit doit faire ce qui est promis – sinon, il est non conforme.
- Plaignez-vous à temps (dans les deux mois) si quelque chose ne va pas.
- D’abord réparation ou remplacement, ensuite seulement remboursement.
- Les produits numériques sont de plus en plus soumis aux mêmes règles que les biens physiques.
Sources et jurisprudence :
- HR 27 avril 2001, Oerlemans/Driessen (ECLI:NL:HR:2001:AB1338)
- HR 17 novembre 2017, MBS/Prowi (ECLI:NL:HR:2017:2902)
- CJUE 4 juin 2015, Faber (ECLI:EU:C:2015:357)
- CJUE 14 juillet 2022, Dieselgate (ECLI:EU:C:2022:572)
- Directive (UE) 2019/771 relative à la vente de biens
- Livre 7 BW, Titre 1 – Vente et vente aux consommateurs